CROPSAV section animale du 30 avril 2026 : gestion de crise sanitaire

Un CROPSAV - section animale s’est tenu le jeudi 30 avril 2026 : celui-ci était intégralement consacré à la gestion de crise.

Partie n°1 : gestion des cadavres en cas de crise sanitaire

Après un rappel des difficultés rencontrées ces dernières années, la DRAAF Bretagne a rappelé le fait que l’équarrissage est la première solution de gestion des cadavres, y compris en cas de crise sanitaire.
M. Hervé Fumery, directeur des marchés de l’équarrissage à la SECANIM, est venu présenter le fonctionnement de l’équarrissage en Bretagne. La SECANIM dispose en effet de cinq centres de collecte et d’une usine en Bretagne, avec un fonctionnement 5,5 jours par semaine et en 3/8. 60% des matières traitées proviennent des activités d’élevage, tandis que les 40% restantes proviennent des abattoirs et industries agro-alimentaires. La SECANIM est également prestataire de la DGAL dans le cadre des dépeuplements en porcs et volailles (en partenariat avec GT Logistic). Un focus a été fait sur la gestion de la biosécurité, et en particulier sur le nettoyage-désinfection des camions, qui a lieu sur l’ensemble des centres de collecte et des usines de la SECANIM. M. Fumery a rappelé que la SECANIM ne dispose pas de capacité de stockage des cadavres sur ses sites, les usines de traitement sont alimentées en flux continu. La SECANIM dispose par contre de capacités de "délestage" de ses usines les unes entre les autres, ce qui profite à la Bretagne en tant que de besoin, et notamment en été, quand des pics de mortalité liés à la chaleur mettent en tension l’usine bretonne de Plouvara.
Les capacités de l’équarrissage à gérer des pics d’activité étant néanmoins limitées, et les crises sanitaires étant de nature à engendrer un dépassement des capacités de traitement actuelles, la DGAL, dans le cadre des assises du sanitaire, travaille avec les acteurs concernés sur deux axes : la sécurisation d’une sur-capacité d’équarrissage financée par l’État, et la modernisation des outils informatiques pour disposer d’un monitoring automatisé des mortalités.

En complément de ces travaux nationaux, et parce que les capacités d’équarrissage pourraient néanmoins être dépassées en cas de crise sanitaire, la DRAAF Bretagne a mis en place fin 2024 un groupe de travail interministériel "gestion des cadavres en masse". Celui-ci, piloté par Mme Carnat-Gautier, cheffe de mission défense et sécurité de zone, a travaillé à l’identification d’alternatives à l’équarrissage (via la mobilisation d’une matrice de décision développée par l’Anses). Deux ont été retenues pour des travaux à courte échéance : l’enfouissement des cadavres sur le site d’élevage, et le stockage temporaire en froid négatif (en attente de gestion par l’équarrissage). En ce qui concerne l’enfouissement, le groupe de travail interministériel a abouti à une cartographie de la Bretagne permettant de définir les zones d’enfouissement possibles : 94% des élevages sont situés à moins de 500m d’une zone d’enfouissement possible. Le Service Régional de l’Alimentation est maintenant en train de décliner ce travail en une procédure opérationnelle permettant de mobiliser cette option de l’enfouissement des cadavres. A noter que celle-ci ne prévoit pas la possibilité d’un enfouissement "collectif" (celui-ci n’est plus souhaité par le ministère en charge de l’agriculture) : il s’agit bien d’enfouir les cadavres d’un élevage sur une parcelle de ce même élevage.

Partie n°2 : actualités sur la situation sanitaire, et préparation à la gestion des Plans d’Intervention Sanitaires d’Urgence (PISU)

Un rappel a été fait sur les actualités sanitaires relatives aux maladies à éradication obligatoire. Le Service Régional de l’Alimentation a souhaité en particulier attirer l’attention des acteurs bretons de la santé animale sur les maladies suivantes :

  • La Dermatose Nodulaire Contagieuse : en France, aucun nouveau foyer n’a été détecté depuis le 2 janvier 2026. En Espagne, un nouveau foyer avait été détecté le 27/02/2026, et en Italie (Sardaigne), trois nouveaux foyers viennent tout récemment être détectés les 14 et 15 avril 2026. Selon la plateforme ESA (https://plateforme-esa.fr/fr/bulletin-hebdomadaire-de-veille-sanitaire-internationale-du-28-04-2026), au total, sept veaux ont été atteints en Sardaigne, dont cinq dans le premier foyer sont issus de mères vaccinées (Note VSI du 17/04/2026, Commission européenne ADIS, FNOVI le 16/04/2026). Selon la DGAL, au moins l’un des veaux appartient à un élevage voisin non vacciné contre la DNC.
  • La Fièvre Aphteuse : après une année 2025 avec des foyers en Allemagne, en Hongrie et en Slovaquie, la Fièvre Aphteuse est présente à Chypre depuis février 2026 (101 foyers) et en Grèce depuis mars 2026 (35 foyers).
  • La Peste Porcine Africaine : actuellement présente en Allemagne, en Italie et en Espagne, à quelques 10ai de kilomètres de la frontière française.
  • La Clavelée (variole ovine/caprine) : cette maladie est apparue dans les Balkans en 2023. Aujourd’hui, elle circule en Bulgarie, en Grèce, en Macédoine du Nord, en Roumanie et en Serbie.
  • La Peste des Petits Ruminants : après des épisodes épizootiques dans plusieurs pays européens en 2024 et 2025, la maladie est présente en 2026 en Croatie et en Albanie.
  • L’IAHP : en date du 29/04/2026, 123 foyers ont été détectés en France sur la saison en élevages commerciaux. Les deux derniers foyers en France datent des 28 et 29/04/2026.
  • Maladie de Newcastle : actuellement présente en Allemagne (55 foyers depuis le 19/02/2026, dans les élevages de 6 à 250 000 volailles), Pologne (61 foyers en 2026), Espagne (2 foyers en 2026), République-Tchèque (23 foyers en 2026). En France, les derniers foyers datent de 2023 (élevages de pigeons).

Il est demandé d’apporter une attention particulière sur la provenance des petits ruminants qui seront importés dans le cadre de l’Aïd.
Il est évidemment également rappelé l’importance de la biosécurité dans ce contexte sanitaire menaçant pour l’élevage français.
Pour rappel, la veille internationale est disponible sur le site de la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale : https://plateforme-esa.fr/fr/bulletins-hebdomadaires-de-veille-sanitaire-internationale-

Des explications ont également été apportées concernant la préparation des services de l’État au niveau territorial (région et départements) pour ce qui concerne la gestion des PISU. Une démarche d’amélioration continue est en effet en place, avec le maintien à jour d’un dispositif documentaire (procédures, annuaires, modèles de documents tels que les arrêtés préfectoraux, etc.), la participation à des formations (à l’organisation d’un dépeuplement par exemple), à des entrainements, la mise en œuvre d’exercices, de RETEX (retours d’expérience), de diagnostics PISU (forme d’audits), la rédaction et le suivi de plans d’actions visant à améliorer de façon continue le dispositif et la capacité des services de l’État à gérer les maladies à éradication obligatoire. En particulier, après une année 2025 marquée par la DNC, les services de l’État en Bretagne se mobilisent en 2026 sur la mise en œuvre d’exercices orientés sur la préparation à la gestion de la PPA. Les mécanismes de réponse vis-à-vis des maladies à PISU sont les mêmes d’une maladie à une autre : la préparation à la gestion d’une maladie permet également d’entretenir les réflexes pour l’ensemble des autres maladies à PISU. Parmi les autres perspectives 2026 et 2027, ont été mentionnées la poursuite des travaux relatifs à la gestion des cadavres, la mise en place d’un marché public relatif à la pose de clôtures anti-sangliers, la préparation à la gestion d’une campagne de vaccination d’urgence en filière bovins et la formalisation du rôle des différents délégataires (OVS, OVVT) en cas de gestion d’une maladie de catégorie A en filière bovine.

Partie n°3 : PPA - mesures de gestion, RETEX et perspectives

Dans un premier temps, le Service Régional de l’Alimentation a récapitulé les grands aspects de la gestion (très complexe) de la PPA :

  • Gestion du zonage : celui-ci comporte en effet des spécificités par rapport aux autres maladies à PISU, notamment, car il y a deux phases - la phase de mesures d’urgences et la phase de régionalisation - pour lesquelles la zone réglementée diffère selon s’il y a un seul foyer ou plusieurs, et selon si la maladie est présente uniquement dans le compartiment sauvage, uniquement dans le compartiment domestique, ou les deux.
  • Gestion des mouvements d’animaux : cette gestion est particulièrement complexe également, avec des conditions qui diffèrent entre la phase de mesures d’urgence et la phase de régionalisation, et selon plusieurs autres critères : résultats de la surveillance hebdomadaire, de l’examen clinique du vétérinaire, des résultats d’audits de biosécurité, de résultats d’analyses, etc.
  • Gestion des produits (denrées animales) : les établissements d’abattage, de transformation, de stockage, etc. doivent disposer d’une agrément spécifique, dit agrément MCA (Maladie de catégorie A), pour être en mesure de réceptionner des animaux ou des produits en provenance d’une zone réglementée. En Bretagne, seuls deux établissements (un abattoir et un atelier de transformation) disposent de cet agrément. Six abattoirs ont par ailleurs déposé un dossier auprès de leur DDPP.

La DDPP56 (Dr Vét. Estelle Thévenin, adjointe à la cheffe du service santé et protection animales de la DDPP56) a ensuite présenté le retour d’expérience d’un exercice de "simulation de la découverte d’un sanglier positif à la PPA dans la faune sauvage du Morbihan". Cet exercice, organisé en plusieurs temps en 2025, a mobilisé 16 structures différentes (administrations et professionnels) et 40 joueurs. La présentation explicite les différentes étapes de l’exercice, ainsi que pistes d’actions qui en découlent. L’une d’elle concerne l’enjeu de coordination des différents acteurs de la filière (amont et aval), et la nécessité de se préparer collectivement en intégrant ces maillons (notamment l’aval). Des exercices PPA sont prévus en Bretagne en 2026 pour travailler sur ce point.
La filière volaille ayant déjà fait face à plusieurs épisodes d’IAHP ces dernières années, une organisation telle que celle qui serait nécessaire pour la filière porc a déjà été mise en œuvre. C’est pourquoi la DRAAF Bretagne avait invité la filière volaille à venir présenter leur propre retour d’expérience en termes d’organisation en situation de gestion de crise. M. 

Thierry Coatrieux, directeur d’Armor Oeufs, a ainsi présenté un retour d’expérience de l’épisode IAHP des Côtes d’Armor de 2023 (20 foyers en élevages avicoles sur 30 jours et dans un rayon de 11km autour du 1er foyer détecté). En bilan, M. Coatrieux a insisté sur la nécessité à se préparer à une sollicitation très importante des équipes, et en 1er lieu des vétérinaires et techniciens, et à se préparer à une concertation trans-OP via une cellule de crise. Il a souligné le rôle des interprofessions pour échanger avec les services de l’État. Des axes d’amélioration et pistes d’actions ont également été mis en évidence.

Des échanges ont eu lieu à la fin de cette partie pour partager des perspectives pour la gestion de la PPA : outils à développer à destination des éleveurs pour expliquer les conséquences qu’aurait la PPA sur leurs élevages, grille de biosécurité publiée par la DGAL a croiser avec la grille Pig Connect, renforcer la prise en compte de l’impact psychologique sur les éleveurs, travail avec les acteurs de la filière, etc.

La DRAAF Bretagne remercie tous les acteurs de la santé animale pour leur participation à ces travaux qui visent à se préparer à la gestion des maladies de catégorie A en Bretagne.