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Agreste Essentiel N°4 Juin 2021 - Bilan de la campagne laitière 2020-2021 - Baisse du prix du lait et du volume collecté

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Agreste Essentiel N°4 Juin 2021 - Bilan de la campagne laitière 2020-2021 - Baisse du prix du lait et du volume collecté (format pdf - 695.6 ko - 10/09/2021)

Contexte national et international

Après une stabilité en 2019, la collecte mondiale de lait de vache s’accroît globalement de 1,7 % en 2020, malgré le contexte de crise sanitaire mondiale due au virus de la Covid-19 et les fortes perturbations du marché qui en ont découlé. La plus forte contribution provient des États-Unis (43 % du volume supplémentaire), suivis par l’Union européenne (35 %). Par ailleurs, la collecte progresse fortement en Argentine, elle se redresse en Australie, et croît légèrement en Nouvelle-Zélande. Malgré la crise sanitaire survenue en début de printemps 2020, au moment du pic de collecte, la collecte de l’Union européenne gagne 1,1 % sur celle de 2019 et atteint un niveau historique, l’amélioration de la productivité compensant le repli du cheptel.
Alors qu’il s’était redressé en 2019, le prix moyen du lait européen se replie en 2020, de 2,1 %, en raison notamment d’un décrochage au printemps lié à l’excès d’offre face à des débouchés perturbés. La chute des prix des produits industriels, beurre et poudre de lait écrémé, à cette même période, impacte également le prix du lait. Puis celui-ci remonte au second semestre, grâce à l’amélioration de la situation : fin des confinements, reprise de la demande mondiale, remontée des cours des produits industriels et creux de collecte européenne.
En France, la collecte de lait atteint en 2020 son plus haut niveau depuis 2015 : elle gagne 0,6 % par rapport à celle de 2019, grâce à une hausse aux premier et troisième trimestres. Sur la campagne 2020-2021, elle recule en revanche de 1,1 %, du fait d’une baisse au printemps, par rapport à l’année d’avant, mais aussi au dernier trimestre de la campagne. Au printemps, en raison du confinement imposé en mars 2020 et de la fermeture de la restauration hors domicile (RHD), un dispositif national de régulation de la production de lait est mis en place, avec indemnisation du lait non produit en avril, permettant d’atténuer le pic de collecte saisonnier.
Le recul des volumes de lait collectés au cours de la campagne concerne l’ensemble des bassins laitiers, excepté le Grand Est. L’évolution est de – 0,9 % pour le bassin Grand Ouest, soit 75 millions de litres de moins que lors de la campagne précédente.

En Bretagne, tout comme en France, après une augmentation des prix et des volumes lors de la campagne précédente, le bilan laitier 2020-2021 est moins favorable, en volumes, comme en prix.


Baisse annuelle des livraisons de lait multifactorielle

Les volumes de lait livrés par les producteurs bretons au cours de la campagne 2020-2021 atteignent 5 408 millions de litres, en recul de 0,9 % par rapport à la campagne précédente, mais en progression de 0,3 % par rapport à la moyenne des cinq dernières campagnes. La baisse annuelle est la conséquence de plusieurs facteurs : la réduction du cheptel laitier, la détérioration de la production fourragère bretonne, ainsi que les mesures incitatives de réduction de la production de lait liées à la crise sanitaire. La production fourragère régresse de 2,7 % entre 2019 et 2020 en Bretagne : la sécheresse au printemps-été et les épisodes caniculaires de l’année 2020 affectent en effet la pousse de l’herbe et pénalisent la productivité des vaches durant ces périodes, en altérant la qualité des fourrages.
La diminution de la production laitière au cours de la campagne en Bretagne est de même ampleur que celle du bassin Grand Ouest et proche de l’évolution nationale. Depuis la fin des quotas laitiers le 31 mars 2015, la part de la Bretagne dans la production nationale laitière a augmenté de 4 %, pour atteindre 23 %. Celle du Grand Ouest s’est accrue de 3,5 % pour atteindre 37 %.

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La crise sanitaire influence le prix du lait

Le prix moyen du lait payé aux producteurs bretons (prix à teneurs réelles, toutes qualités confondues) de la campagne 2020-2021 s’affiche à 351 €/ 1 000 l, en baisse de 2,1 % par rapport au bon niveau de la campagne précédente, mais supérieur de 5,8 % au prix moyen des cinq dernières campagnes. Du fait d’un risque de déséquilibre entre l’offre et la demande, lié à la crise sanitaire, de nombreux opérateurs annoncent des baisses de prix au premier trimestre de la campagne, en parallèle des incitations à la réduction de la production laitière.
Le prix du lait est également impacté par l’évolution des cours des produits laitiers industriels. En conséquence de la crise sanitaire mondiale (difficultés d’exportation vers la Chine), ceux-ci chutent de mi-février à fin avril, à des niveaux bas, proches des prix d’intervention pour le beurre et la poudre de lait écrémé. Puis la réduction de la collecte laitière, combinée à la reprise de la demande et, dans une moindre mesure, à l’ouverture du stockage privé européen de beurre et de poudre le lait écrémé, redonnent confiance au marché, conduisant à une remontée des cours des produits laitiers industriels jusque mi-juin. Au second semestre 2020, face à des marchés calmes et des opérateurs attentistes, ces cours se stabilisent. Entre 2019 et 2020, le cours moyen de la poudre de lait écrémé progresse finalement de 4 % en France, en moyenne annuelle, mais se réduit de 9,8 % au dernier trimestre, tandis que le prix du beurre perd 16 % de sa valeur (– 24 % au premier semestre et – 7 % au second). Au premier trimestre 2021, les cours des produits laitiers connaissent une forte hausse, résultat d’une demande mondiale dynamique et d’un ralentissement des fabrications de beurre et poudre dans l’Union européenne et en Nouvelle-Zélande, lié à celui de la collecte de lait. L’écart de valorisation entre matières grasses et matières protéiques continue de se résorber.

Lait bio : augmentation de la collecte et du prix

La part du lait bio collecté en Bretagne au cours de la campagne 2020-2021 représente 4,5 % des livraisons, contre 4,1 % lors de la campagne précédente, pour 7,9 % des producteurs, contre 7,0 % précédemment. Alors que la collecte du lait conventionnel se réduit de 1,4 % lors de cette campagne, celle du lait bio continue de croître, + 10 %, mais moins fortement que lors des campagnes précédentes. Par ailleurs, le prix moyen du lait bio progresse très légèrement (+ 0,4 %), alors que le prix du lait non bio diminue de 2,4 % au cours de la campagne 2020-2021. À 482 €/1 000 litres pour cette campagne, le prix moyen du lait bio payé aux producteurs excède de 40 % le prix du lait conventionnel.

Vaches laitières : la réduction du cheptel se poursuit

Les effectifs de vaches laitières en Bretagne reculent pour la troisième année de suite, avec – 1,1 % entre fin 2019 et fin 2020. Au niveau national, le troupeau de vaches laitières diminue de la même façon (– 1 %). Le repli en génisses laitières est plus prononcé que les années précédentes. La tendance à la décapitalisation déjà renforcée en 2018 et 2019 par les épisodes de sécheresse et de canicule, qui ont contraint certains éleveurs à vendre des femelles faute de pouvoir les nourrir, l’est encore plus en 2020, année marquée par des records de température. Entre 2019 et 2020, le rendement des vaches laitières diminue légèrement en Bretagne (– 0,5 %), tandis qu’il s’accroît un peu au niveau national (+ 1,4 %).

Hausse du coût des aliments

Parallèlement au prix du lait en baisse, le coût de production, représenté par l’Ipampa [1] lait de vache de l’Institut de l’élevage, progresse de 1,2 % en moyenne par rapport à celui de la campagne laitière 2019-2020, avec un recul au premier semestre de la campagne, mais une hausse de 4,7 % au dernier trimestre. Pour les aliments achetés, qui représentent un tiers des coûts de production, l’indice s’accroît de 5,6 % en moyenne, entre les campagnes 2019-2020 et 2020-2021, avec une hausse de 7,6 % au troisième trimestre et de 12 % au dernier trimestre. Cette accélération s’explique par l’augmentation des prix des céréales et oléoprotéagineux, dans un contexte de production céréalière limitée en France, comme dans l’Union européenne, et de demande mondiale particulièrement dynamique, notamment de la Chine de retour sur le marché mondial du maïs depuis l’été.
En conséquence de la baisse annuelle du prix du lait et de la hausse des coûts de production, l’indicateur Milc [2] de l’Institut de l’élevage montre un diminution de la marge des producteurs laitiers, qui passe en dessous de la moyenne 2007-2019 en début et en fin de campagne.

[1] L’Indice des prix d’achat des moyens de production agricole (Ipampa) permet de suivre l’évolution des prix des biens et des services utilisés par les agriculteurs pour leur exploitation agricole. Ces prix sont relevés auprès des vendeurs de produits nécessaires aux exploitations.

[2] Marge Ipampa lait de vache sur coût total indicé