Agreste Études n°3 2022 - RA2020 - Main-d’œuvre et externalisation des travaux - Une montée en puissance de la main-d’oeuvre salariée

publié le 8 juillet 2022
Agreste Études n°3 2022 - RA2020 - Main-d’œuvre et externalisation des travaux - Une montée en puissance de la main-d’oeuvre salariée (format pdf - 243.4 ko - 08/07/2022)
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Rédacteur : Jean-Pierre Devin - Draaf, Srise


En 2020, 55 400 personnes travaillent de façon permanente sur les exploitations bretonnes, soit 19 % de moins qu’en 2010. Le volume de travail de ces travailleurs permanents diminue plus modérément : il représente 46 600 équivalents temps plein (ETP), soit une baisse de 12 % sur la décennie. Parmi les effectifs permanents, l’emploi salarié non familial s’accroît de 10 % en nombre de personnes et de 15 % en ETP, en lien avec l’augmentation de la taille des exploitations.
En ajoutant la main-d’œuvre saisonnière ou occasionnelle, le volume total d’emploi mobilisé par les exploitations est de 51 400 ETP, en baisse de 10 % sur dix ans. Si les exploitations d’élevage regroupent plus de la moitié des emplois, le maraîchage et l’horticulture occupent davantage de salariés que les autres types d’exploitation. L’externalisation est plus présente en Bretagne, terre d’élevage, qu’au niveau national. En effet, les exploitations d’élevage ont recours à ces services pour la conduite des ateliers végétaux.

Deux travailleurs agricoles permanents sur trois sont les chefs d’exploitation ou coexploitants

En 2020, la Bretagne compte 26 300 exploitations agricoles. 55 400 personnes y travaillent de façon permanente. La gestion des exploitations demeure largement familiale (88 % des coexploitants sont de la même famille que le chef d’exploitation).
Les travailleurs permanents agricoles regroupent le chef d’exploitation (tableau) et ses éventuels coexploitants (66 %), les membres de leur famille qu’ils emploient (11 %) et les salariés non familiaux ayant travaillé au moins 8 mois de l’année sur l’exploitation (23 %).
Le volume total de l’emploi, y compris le travail effectué par un prestataire externe, est de 53 000 ETP. La main-d’œuvre permanente en représente 88 %, la main-d’œuvre occasionnelle ou saisonnière 8 % et les prestataires externes (Cuma, ETA…) 3 %.
Si le nombre de personnes travaillant de façon permanente sur les exploitations diminue de 19 % en 10 ans, le volume de travail de ces travailleurs permanents (46 600 ETP) diminue de 12 %. L’agrandissement des exploitations favorise probablement les capacités d’embauche à temps plein.

L’évolution de la structure des exploitations induit un recours accru au salariat

Le nombre de personnes travaillant dans les exploitations et, dans une moindre mesure, le volume de travail diminuent. Néanmoins, le volume de travail des salariés permanents non familiaux et celui de la main-d’œuvre occasionnelle ou saisonnière connaissent une hausse significative, respectivement de 15 % et de 20 %, entre 2010 et 2020. Parallèlement, alors que le nombre d’exploitations familiales diminue de 41 %, celui des formes sociétaires (EARL, Gaec…) ne connaît qu’une légère baisse : 2 %. Ces exploitations en sociétés emploient plus de salariés. Le volume de travail mobilisé au sein des exploitations sous forme sociétaire (40 200 ETP) augmente de 5 % en dix ans et représente 78 % de la main-d’œuvre en 2020 (contre 67 % en 2010).

La main-d’œuvre familiale plus souvent employée à temps partiel

En 2020, 78 % des exploitants et coexploitants travaillent à temps plein sur les exploitations (graphique 1), soit 10 % de plus que la moyenne nationale. Cette part était de 82 % en 2010. Les permanents familiaux travaillent plus souvent à temps partiel, même si 45 % d’entre eux sont à temps complet, contre 35 % au niveau national. Les salariés permanents non familiaux travaillent quant à eux à temps plein dans 71 % des cas, et à moins d’un mi-temps pour 8 % d’entre eux.

Un recours plus intensif à l’emploi dans le maraîchage et/ou horticulture

Les exploitations laitières (14 685 ETP), les plus nombreuses, et les exploitations hors-sol, porcs et/ou volailles (11 945 ETP), représentent à elles seules plus de la moitié du volume total d’emploi. C’est le maraîchage et/ou horticulture qui mobilisent le plus de main-d’œuvre à l’échelle de l’exploitation, avec en moyenne 5,5 ETP par exploitation contre respectivement 2,1 ETP pour les exploitations laitières et 2,3 ETP pour les exploitations hors-sol (graphique 2). Le salariat représente 4,0 ETP dans les exploitations de maraîchage et/ou horticulture contre 0,3 ETP dans les exploitations laitières et 0,9 ETP dans les exploitations hors-sol. Les grandes cultures et les exploitations d’élevage viande mobilisent, quant à elles, tout juste 1 ETP par exploitation.
L’emploi saisonnier ou occasionnel est principalement mobilisé en maraîchage et/ou horticulture, tant au niveau régional (56 % des ETP occasionnels), qu’au niveau de l’exploitation (29 % de la main-d’œuvre totale).

Enfin, si le secteur de la culture fruitière et/ou autres cultures permanentes ne représente que 4 % de la main-d’œuvre agricole saisonnière ou occasionnelle bretonne, au niveau de l’exploitation, sa part atteint 29 %, comme en horticulture et/ou horticulture.


L’externalisation, particulièrement développée en Bretagne, croît avec la taille des exploitations
En 2020, 80 % des exploitations bretonnes ont eu recours à des prestations de service réalisées par une entreprise de travaux agricoles (ETA) ou un autre prestataire. Ce type de services est ainsi particulièrement développé en Bretagne. Au niveau national, 56 % des exploitations y font appel. La quasi-totalité des élevages laitiers s’adresse à des prestataires extérieurs (95 % des élevages laitiers purs et 89 % des élevages mixtes lait/viande). Plus de 80 % des autres types d’élevage (à l’exception des éleveurs ovins) y font appel. Ces prestations concernent principalement les productions végétales : 77 % des exploitations y ont recours, alors que les travaux liés à l’élevage ne sont externalisés que dans 14 % des cas, majoritairement dans les exploitations porcines et laitières.
Le taux de recours à ces services est d’autant plus élevé que le potentiel économique de l’exploitation est important, même si là encore, en Bretagne, les micro exploitations y font appel de manière significative (52 % contre 28 % au niveau national).
Le travail à façon, à l’inverse, n’est que très peu proposé en Bretagne, 4 % contre 7 % en France où les grandes ou moyennes exploitations le proposent le plus (respectivement 12 % et 10 %).

Source et définitions

Cette publication s’appuie sur les résultats définitifs du recensement agricole 2020.

Les personnes employées sont distinguées selon qu’elles ont été présentes plus de 8 mois sur l’exploitation ou moins. Dans le premier cas, elles sont considérées comme y travaillant de façon permanente, et dans le second comme des employés saisonniers ou occasionnels.

Une exploitation agricole est déclarée soit sous statut individuel, soit sous forme sociétaire (les plus fréquentes étant les EARL et les Gaec). Dans le second cas, il est possible de dissocier le patrimoine personnel et celui de l’entreprise, ainsi que d’avoir une gestion partagée entre plusieurs coexploitants.

L’externalisation ou la sous-traitance consiste à déléguer tout ou partie des travaux de l’exploitation à des prestataires externes. Elle a lieu dans le cadre d’un contrat de prestations de service. La main-d’œuvre mobilisée dans ce cadre n’est généralement pas directement sous la responsabilité de l’exploitant. Les sociétés proposant le plus fréquemment ces prestations sont les Entreprises de travaux agricoles (ETA) et les Coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma).

La production brute standard (PBS), par un jeu de coefficients attribués aux cultures et aux cheptels, donne une valeur au potentiel de production des exploitations. Elle permet de classer les exploitations en différentes tailles économiques. Le recensement agricole est l’occasion de revoir ce classement. Ainsi, à partir de 2020, sont considérées « micro », les exploitations dont la PBS est inférieure à 25 000 euros par an, « petite » celles dont la PBS est comprise entre 25 000 et
100 000 euros, « moyenne » celles avec une PBS comprise entre 100 000 et 250 000 euros et « grande » celles de plus de
250 000 euros de PBS.
Le calcul de la PBS permet aussi de classer les exploitations selon leur spécialisation (ou orientation technico-économique). Une exploitation est considérée comme spécialisée dans une production quand au moins deux tiers de sa PBS sont générés par cette production.

Un équivalent temps plein (ETP) correspond au travail d’une personne à plein-temps pendant une année entière (un ETP = au moins 1 600 heures travaillées sur l’année).

Pour en savoir plus

  • « Recensement agricole 2020 – La Bretagne perd un quart de ses exploitations en dix ans, mais conserve sa surface agricole » - Agreste Études n°4 – Décembre 2021
  • « Recensement agricole 2020 – Surface moyenne des exploitations agricoles en 2020 : 69 hectares en France métropolitaine et 5 hectares dans les DOM » - Agreste Primeur n°5 – Décembre 2021
  • « Recensement agricole 2020 – Prés de la moitié des exploitations bretonnes dirigées par des agriculteurs de 55 ans et plus » - Agreste Études n°2 – Juillet 2022
  • « Recensement agricole 2020 – Surface moyenne des exploitations agricoles en 2020 : 69 hectares en France métropolitaine et 5 hectares dans les DOM » - Agreste Primeur n°5 – Décembre 2021
  • « Recensement agricole 2020 – Les exploitations fruitières ou de grandes cultures plus souvent dirigées par au moins un exploitant senior » - Agreste Primeur n°10 – Juillet 2022
  • « Recensement agricole 2020 – Le volume de travail agricole des salariés permanents non familiaux augmente de 8 % en dix ans » - Agreste Primeur n°11 – Juillet 2022

Site Agreste :

Site Draaf Bretagne, rubrique RA 2020