La filière avicole en Bretagne
Résumé
La Bretagne occupe en 2024 la première place dans la production nationale de volailles et d’œufs. La région compte 84 millions de volailles, dont les trois quarts sont des poulets de chair et des poules pondeuses. Ses éleveurs génèrent un chiffre d’affaires de 1,9 milliards d’euros, le troisième plus important dans la région derrière la production laitière et l’élevage porcin. Ils contribuent ainsi à 30 % de la production avicole nationale et un œuf français sur trois vient de Bretagne.
La filière œufs est portée par une forte demande et des prix élevés, après avoir surmonté de nombreuses crises dans les années 2000-2010 (grippe aviaire, dioxine). Les œufs contribuent ainsi à la moitié de la production avicole bretonne depuis 2022, alors qu’auparavant la volaille de chair dominait largement. Le cheptel de poules pondeuses d’œufs de consommation est l’un des seuls à augmenter depuis 2010, parallèlement au nombre d’élevages. Depuis 2016, les élevages spécialisés dans la ponte apportent de meilleurs revenus que les élevages spécialisés dans la volaille de chair.
La région reste première pour la production de viande de volailles, notamment pour le poulet et pour la dinde, malgré la concurrence des Pays de la Loire. Elle est aussi la première région exportatrice de viande de volaille (un tiers de sa production en 2024). La filière volailles de chair perd cependant du terrain depuis 2010. Le nombre d’exploitations, le cheptel et la production se réduisent, alors que la consommation nationale augmente, favorisant les importations. La production de dinde diminue notamment de moitié depuis 2010, même si la production de poulet de chair progresse.
Le modèle d’élevage breton s’est radicalement transformé à partir des années 1950 et l’intensification explose entre 1970 et 1990. D’une production de basses-cours présentes dans la majorité des fermes, le modèle dominant est aujourd’hui un élevage intensif, concentré dans des exploitations de plus en plus spécialisées. Chaque élevage compte ainsi 25 600 volailles en moyenne en 2020, contre seulement 230 en 1970. En cinquante ans, le nombre d’exploitations détenant des volailles passe de 132 000 à 3 500, alors que le cheptel triple. Les élevages de moins de 100 volailles deviennent minoritaires, alors que les très grands élevages de plus de 10 000 volailles triplent également. Les élevages se spécialisent dans la volaille, voire dans un type de production ou une espèce de volaille en particulier. Les activités de ponte et de chair sont notamment de plus en plus dissociées. L’élevage se densifie sur le territoire, essentiellement au profit du Morbihan et des Côtes-d’Armor. Dans le nord du Finistère, le cheptel reflue en revanche plus vite qu’ailleurs depuis 2000.
En Bretagne, l’élevage avicole est plus répandu et plus spécialisé qu’en France, avec des cheptels de plus grande taille. Ses exploitations mobilisent l’équivalent de 7 500 emplois à temps plein. Les exploitants restent au cœur du fonctionnement des élevages, avec près de 60 % de l’emploi, même si le salariat progresse. Le vieillissement est moins accentué que dans les autres filières agricoles, mais la reprise des exploitations reste un enjeu pour l’avenir. La part des femmes n’a pas progressé depuis 2010, même si elle est plus élevée que dans les autres filières bretonnes.
La filière est aujourd’hui organisée autour de quelques grands groupes, notamment via des contrats d’intégration qui encadrent l’approvisionnement et la commercialisation. Trois quarts des grands élevages en dépendent en 2022. La majorité de la production est ainsi écoulée en circuit long et les aliments pour les volailles sont rarement produits sur l’exploitation.
Dans la filière œufs, les alternatives à l’élevage en cage (plein air, bio, sol) se développent depuis 2015 et atteignent la moitié des capacités d’élevage en 2024. Les élevages bio représentent notamment presque un tiers des élevages de ponte. Dans la filière chair, la production sous signe de qualité (Label rouge, bio, etc.) reste marginale. Plus petites, les fermes avicoles bio élèvent majoritairement des poules pondeuses. Elles vendent plus souvent en circuits courts, même si la commercialisation peut aussi être encadrée, notamment dans la filière œufs.
Depuis 2020, les résultats économiques des éleveurs spécialisés en volailles sont dans la moyenne des exploitations bretonnes et supérieurs à ceux de leurs homologues des autres régions (56 000 euros par an contre 46 000 euros par an en France). L’endettement est le plus élevé de toutes les filières bretonnes (70 % de l’actif), porté notamment par des investissements importants en bâtiments et matériel.
Les effluents issus des élevages avicoles représentent 13 % de l’azote produit par les animaux d’élevage en Bretagne, loin derrière les élevages bovins et porcins.
Depuis 2010, le bien-être animal est mieux pris en compte dans les élevages, face à une forte demande des consommateurs. Des réglementations améliorent l’élevage en cage ou interdisent le broyage des poussins mâles dans la filière ponte. La protection des élevages contre la diffusion des épizooties comme la grippe aviaire reste un enjeu pour les années à venir.