Résultats économiques 2024 - Les exploitations bretonnes tirent leur épingle du jeu

Après une baisse marquée en 2023, les résultats économiques des exploitations bretonnes sont stables en 2024. L’excédent brut d’exploitation atteint 92 000 euros annuels par exploitant en 2024. Il ne varie quasiment pas en Bretagne (+ 0,3 %), alors qu’il baisse de 9 % en France métropolitaine. La Bretagne, région d’élevage, a été moins affectée par les mauvaises conditions météorologiques, qui ont durement touché les cultures céréalières et viticoles. Cette stabilité dans la région s’explique par la baisse concomitante de la production exprimée en euros et de la plupart des charges d’exploitation. En revanche, le résultat courant avant impôts baisse (- 3 %), après prise en compte des amortissements et des charges financières, postes en effet en augmentation. La filière lait s’en sort le mieux avec une production et des résultats en hausse. En revanche, les résultats baissent dans les spécialisations porcins et volailles de chair.

En 2024, la Bretagne prend la première place des régions pour les résultats économiques de ses exploitations agricoles, devant la Normandie, autre grande région d’élevage. L’excédent brut d’exploitation (EBE) des exploitations bretonnes atteint ainsi 138 000 euros en moyenne en 2024, contre 85 000 euros en moyenne en France métropolitaine (définitions).

En Bretagne, l’EBE par exploitant – équivalent temps plein (ETP) non salarié – est plutôt stable et atteint 92 000 euros (+ 0,3 % par rapport à 2023 en euros constants contre – 9 % en France métropolitaine, figure 1). Très orientée vers l’élevage, la région a moins pâti des faibles récoltes dues aux mauvaises conditions météorologiques, en particulier pour les céréales et la viticulture. Cette stabilité intervient après une forte baisse de 24 % entre 2022 et 2023 (– 26 % en France métropolitaine, figure 2).

Figure 1 - La Bretagne, première région pour l’excédent généré par les exploitants agricoles

Excédent brut d’exploitation (EBE) par équivalent temps plein (ETP) non-salarié en moyenne par région en 2024

Source : Agreste, Rica 2024

Figure 2 - Pour la Bretagne, des ressources stables en 2024

Évolutions annuelles de l’excédent brut d’exploitation par équivalent temps plein non salarié entre 2015 et 2024

Évolutions annuelles de l’excédent brut d’exploitation par équivalent temps plein non salarié 2015 et 2024
Champ : évolutions entre l’année n-1 et l’année n, calculées à échantillon constant et en euros constant | Source : Agreste, Rica

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Figure 2 - Pour la Bretagne, des ressources stables en 2024
AnnéeBretagneFrance métropolitaine
2015 -2 2,8
2016 5,4 -14,5
2017 11,7 16,4
2018 -18,4 4,2
2019 33,1 -1
2020 -16,2 -8,4
2021 12,9 29
2022 41,2 18,6
2023 -24 -25,6
2024 0,3 -9,4

Une baisse modérée du résultat courant

Par rapport à l’excédent brut d’exploitation, le résultat courant avant impôts (RCAI) prend en compte les charges liées à la dépréciation des actifs (amortissements) et les charges financières (essentiellement des intérêts d’emprunts, définitions). En 2024, ce résultat courant diminue en Bretagne de 3 % par exploitant (– 20 % en France métropolitaine). Les dotations aux amortissements augmentent en effet de 5 % et les charges financières également (+ 16 %). Le résultat courant s’élève ainsi à 50 500 euros annuels en moyenne par exploitant
(ETP non salarié) en 2024. Il augmente pour les productions bovines et volailles de ponte, alors qu’il baisse pour les productions porcines, volailles de chair et légumes de plein champ.
La production de l’exercice, c’est-à-dire tout ce qui est vendu ou stocké par l’exploitation, baisse pour l’ensemble des exploitations (– 4 %), comme en production porcine ou volailles de chair. La production de lait progresse en revanche de 6 % en valeur, grâce à l’augmentation des livraisons à l’industrie (figure 3).
Les charges courantes diminuent de 4 % en euros courants (définitions). Les charges d’approvisionnement (incluant les charges d’alimentation) diminuent de 11 % sur un an. Les charges courantes augmentent de 1 % pour la production laitière, baissent de 7 % pour la production porcine et de 2 % pour la production de volailles de chair.

Figure 3 : Une baisse des résultats courants par exploitant en 2024

Principaux indicateurs financiers des exploitations bretonnes et évolutions entre 2023 et 2024 en euros constants

Principaux indicateurs financiers des exploitations bretonnes et évolutions entre 2023 et 2024 en euros constants

Orientation

Production de l’exercice

Production de l’exercice

Consommations intermédiaires*

Consommations intermédiaires*

EBE/ETP non salarié

EBE/ETP non salarié

RCAI/ETP non salarié

RCAI/ETP non salarié

en milliers d’euros Évolution 2023-2024 (en %) en milliers d’euros Évolution 2023-2024 (en %) en milliers d’euros Évolution 2023-2024 (en %) en milliers d’euros Évolution 2023-2024 (en %)
Bovins lait 383,7 5,9 243,8 -1,1 91,3 21,4 50,7 29,3
Porcins 957,0 -7,2 670,4 -9,8 173,5 -9,2 100,0 -20,1
Volailles 424,4 -4,0 285,4 -6,3 107,5 -2,1 54,9 2,6
dont volailles de chair 309,3 -7,2 210,4 -5,9 69,9 -12,0 27,8 -21,4
Ensemble des exploitations 442,6 -3,8 293,6 -6,9 92,1 0,3 50,5 -3,4

*charges d’approvisionnement, autres achats et charges externes (hors fermage)
Champ : Bretagne
Source : Agreste, Rica 2023-2024

Une trésorerie disponible et un taux d’endettement en hausse

Une fois déduits de l’EBE les annuités d’emprunts (capital et intérêts dus) et les cotisations sociales de l’exploitant, le solde disponible par exploitant (ETP non salarié) atteint 39 000 euros en moyenne en 2024 (figure 4, définitions). Cette trésorerie disponible permet de rémunérer l’exploitant et de développer l’exploitation en investissant (l’autofinancement pouvant être complété par un recours à l’emprunt). Elle augmente de 3 % en 2024, malgré la baisse du résultat courant. En 2024, les élevages porcins ont toujours le solde disponible moyen le plus élevé : 84 000 euros annuels par exploitant contre 39 000 euros pour les éleveurs laitiers et 23 000 euros pour les éleveurs de volailles de chair. Toutes orientations confondues, le nombre d’exploitations ayant un solde disponible négatif diminue en Bretagne (17 % en 2024 contre 20 % en 2023).
Le taux d’endettement s’élève à 56 %, en baisse de 1,5 point par rapport à 2023 à échantillon constant. Les élevages porcins augmentent encore leur niveau d’investissement et leur taux d’endettement atteint 60 % du total de l’actif, contre 52 % chez les éleveurs laitiers et 74 % en volaille de chair.

Figure 4 - La trésorerie disponible atteint 84 000 euros dans les élevages porcins bretons

Solde disponible par équivalent temps plein non-salarié en 2024 par orientation économique

Champ : France métropolitaine | Source : Agreste, Rica 2024

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Figure 4 : La trésorerie disponible atteint 84 000 euros dans les élevages porcins en Bretagne
Soldes de gestionRemboursement d'emprunt à moyen et long termeCharges financièresCharges sociales de l'exploitantSolde disponible
Ensemble (France métroplitaine) 25 4 11 23
Ensemble (Bretagne) 34 6 13 39
Porcins (Bretagne) 55 13 21 84
Bovins lait (Bretagne) 34 5 13 39
Volailles de chair (Bretagne) 29 5 13 23

Les résultats de la filière porcine baissent mais restent élevés

En 2024, l’excédent brut d’exploitation des éleveurs porcins baisse de 9 % et atteint 173 500 euros annuels par exploitant. Ce montant représente cependant presque le double de l’excédent moyen d’une exploitation bretonne. Par ailleurs, les excédents sont très dispersés d’une exploitation à l’autre, avec un EBE par ETP non salarié inférieur à 14 000 euros annuels pour 10 % des exploitations et supérieur à 407 000 euros pour 10 % des exploitations les plus rémunératrices (figure 5).

Figure 5 - Des résultats agricoles très disparates

Dispersion de l’EBE par ETP non salarié, selon les orientations

Quatre "boîtes à moustache" représentant la dispersion des excédents bruts d'exploitation par ETP non ssalarié pour l'ensemble des exploitations bretonnes et les spécialisations porcins, bovins lait et volailles de chair. Les élevages porcins ont les excédents les plus dispersés. Données disponibles en téléchargement sur le site de la Draaf Bretagne (https://draaf.bretagne.agriculture.gouv.fr/resultats-economiques-2024-les-exploitations-bretonnes-tirent-leur-epingle-du-a3881.html).Lecture : les exploitations bretonnes ont un EBE par ETP non salarié moyen égal à 83 000 euros. Parmi elles, 10 % ont une valeur inférieure à 15 000 euros, 25 % moins de 25 000 euros, 25 % ont une valeur supérieure à 117 000 euros, 10 % plus de 175 000 euros. La moitié ont un EBE par ETP non salarié inférieur à 69 000 euros.
Note : le bas du trait vertical correspond au 1er décile, le haut au 9e décile. Le bas de la boîte orange correspond au 1er quartile, le haut au 3e quartile, le trait du milieu à la médiane. Le rond rouge correspond à la moyenne. Lecture : les exploitations bretonnes ont un EBE par ETP non salarié moyen égal à 83 000 euros. Parmi elles, 10 % ont une valeur inférieure à 15 000 euros, 25 % moins de 25 000 euros, 25 % ont une valeur supérieure à 117 000 euros, 10 % plus de 175 000 euros. La moitié ont un EBE par ETP non salarié inférieur à 69 000 euros. Champ : Bretagne | Source : Agreste, Rica 2024

La baisse de l’excédent moyen chez les éleveurs porcins provient d’une baisse plus forte de la production de l’exercice, relativement à la baisse des charges d’exploitation. La forte baisse des charges d’approvisionnement (-12 %), et notamment d’alimentation (– 14 %), ne pèse pas assez pour améliorer l’excédent. Par ailleurs, l’augmentation des charges financières (+ 20 %) et des charges sociales des salariés (+ 3 %), accentue la baisse du résultat courant par exploitant (– 20 %). Le niveau d’investissement reste le plus élevé des différentes productions bretonnes. Il atteint 138 200 euros en 2024, soit plus du double de celui de l’ensemble des exploitations (63 000 euros), et plus que celui des éleveurs laitiers (60 000 euros) et des éleveurs de volailles de chair (39 000 euros). La filière est ainsi fortement affectée par des amortissements élevés qui font baisser le résultat courant avant impôt de 20 % en 2024 (100 000 euros annuels).

La plus grosse hausse de revenu pour les bovins lait

Les exploitations laitières ont la plus forte amélioration de leurs résultats économiques en 2024, comparée aux autres filières bretonnes. L’excédent brut d’exploitation par exploitant augmente de 21 % et s’élève à 91 300 euros. Cette hausse s’explique principalement par une production en augmentation de 6 %, avec un prix du lait qui reste d’un bon niveau (468 euros les 1 000 litres en moyenne). Parallèlement, les charges d’exploitation (hors amortissements) sont quasiment stables. La forte augmentation des charges de personnel
(+ 20 %) pèse peu, elle est notamment compensée par la baisse des charges d’approvisionnement (– 7 %). La prise en compte des charges financières et des amortissements n’affecte pas le résultat courant, qui augmente lui aussi (+ 30 %). Il atteint ainsi 51 000 euros en 2024 (contre 49 000 euros en moyenne entre 2020 et 2024).

Des résultats en forte baisse dans la filière volailles de chair

Pour l’ensemble des éleveurs de volaille, l’excédent brut d’exploitation par exploitant baisse de 2 % (107 500 euros en 2024). Cette baisse est beaucoup plus marquée pour la filière chair (– 12 % pour atteindre 70 000 euros en 2024). L’excédent augmente en revanche dans la filière ponte. La production des élevages spécialisés en volailles de chair baisse de 7 % et n’est pas compensée par la baisse des charges (notamment – 8 % pour les charges d’approvisionnement). La prise en compte des charges financières et des amortissements améliore au contraire le résultat courant avant impôt, qui augmente de 3 % par exploitant en 2024 pour l’ensemble des éleveurs de volaille (55 000 euros annuels en moyenne contre 50 500 pour l’ensemble des exploitations bretonnes). Pour les éleveurs de volaille de chair, la chute du résultat courant est néanmoins importante (– 21 % en 2024). Il atteint 28 000 euros par exploitant, bien en dessous de la moyenne régionale. Les résultats moyens 2020-2024 sont stables par rapport à 2015-2019, alors qu’ils augmentent pour les élevages porcins et bovins lait (figure 6).

Figure 6 - Un résultat courant supérieur entre 2020 et 2024

Résultat courant avant impôt (RCAI) par équivalent temps plein (ETP) non salarié en moyenne quinquennale

Résultat courant avant impôt (RCAI) par équivalent temps plein (ETP) non salarié en moyenne quinquennale par orientation économique
Champ : France métropolitaine | Source: Agreste, Rica

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Figure 6 - Un résultat courant supérieur entre 2020 et 2024
Orientations économiques2015-20192020-2024
Ensemble (France métroplitaine) 31,4 40,5
Ensemble (Bretagne) 36,5 54,1
Porcins (Bretagne) 57,3 91,2
Bovins lait (Bretagne) 27,7 48,9
Volailles de chair (Bretagne) 37,4 38

Sources et méthodes

Le réseau d’information comptable agricole (Rica) est une enquête annuelle, harmonisée au niveau européen, qui collecte des données comptables et technico-économiques détaillées auprès d’un échantillon d’exploitations agricoles.
Les données collectées permettent notamment d’analyser la diversité des résultats et celle de leur formation, de dresser des diagnostics économiques et financiers, et d’évaluer l’impact de certaines politiques publiques. Cette enquête sert également à comparer les résultats obtenus pour les différents types d’agriculture européenne.
Le Rica couvre le champ des exploitations dont la production brute standard (PBS) est supérieure à 25 000 euros pour la métropole. Les autres exploitations (dites micro-exploitations) contribuent à moins de 1 % de la production standard régionale et 6 % du volume de travail (ETP non-salariés et salariés) en Bretagne.
En Bretagne, l’échantillon Rica 2024 compte 477 exploitations, représentant les 21 700 exploitations bretonnes (hors micro-exploitations). Les spécialisations bovins-lait, porcins et volailles de chair sont bien représentées, d’où des commentaires présents sur ces seules activités.
Les évolutions annuelles sont calculées à échantillon constant (c’est-à-dire à partir des exploitations présentes à la fois dans l’échantillon RICA année n-1 et dans celui de RICA année n) et exprimées en termes réels (c’est-à-dire corrigées de l’inflation). Les moyennes quinquennales présentent des valeurs calculées sur échantillons complets (mais également exprimées en euros constants 2024).

Tableau des exploitations agricoles bretonnes présentes de l’échantillon

Tableau des exploitations agricoles bretonnes présentes dans l’échantillon

Bretagne

Nombre d’exploitations du Rica 2024

Nombre
d’exploitations
à champ constant
(pour le calcul des
évolutions 2023-2024)

Toutes orientations 477 384
Bovins lait 95 78
Bovins viande 23 21
Porcins 99 74
Volailles 80 62
dont volailles de chair 50 43
Légumes frais de plein champ 29 22

Définitions

L’excédent brut d’exploitation (EBE) est calculé à partir de la valeur de la production de l’année (vendue ou stockée), augmentée des subventions, de laquelle sont soustraites les consommations intermédiaires et les autres charges d’exploitation (salaires, impôts fonciers, fermages...).
Charges courantes : ensemble des charges d’exploitation et des charges financières
Charges d’approvisionnement  : sous-ensemble des charges d’exploitation – engrais et amendements, semences et plants, produits phytosanitaires, aliments du bétail, produits vétérinaires, combustibles, carburants et lubrifiants, fournitures et emballages.
Le résultat courant avant impôt (RCAI) se déduit de l’EBE après la prise en compte des amortissements (non décaissables), des produits financiers et des charges financières. Il est calculé avant déduction des charges sociales de l’exploitant.
Le solde disponible est calculé en déduisant de l’EBE les annuités d’emprunt à moyen et long terme et les cotisations sociales de l’exploitant.
Le taux d’endettement est l’ensemble des dettes rapporté au total de l’actif (actif immobilisé et actif circulant) ou rapporté au total du passif (capitaux propres et emprunts).

Fonctionnement comptable simplifié d’une exploitation agricole

Schéma représentant le fonctionnement comptable simplifié d'une exploitation agricole. La production de l'exercice moins les consommations intermédiaires donnent la valeur ajoutée. En ajoutant les indemnités d'assruance et les subventions d'exploitations et en retranchant loyers, impôts et charges de personnel, on obtient l'excédent brut d'exploitation (EBE). En enlevant de l'EBE, les amortissements et les charges financières, on obtient le résultat courant.

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